Aussi doux qu’un Carambar à la framboise

(J’avais écrit ce texte pour le concours de nouvelles de la Sorbonne Nouvelle l’année dernière (thème : amer). J’ai rien gagné et je ne l’avais jamais partagé. Je vous en souhaite une bonne lecture !)

Il venait d’avoir 28 ans. C’était un Tanguy, et aussi un ingénu. L’été commençait à peine. Ce soir là, il s’était fait trainer par ses cousins, Jérémie et Nicolas, à la Saint-Jean sur la grande place du village. Ces deux là étaient du genre blagueurs et très complices, surtout quand il s’agissait de préparer un coup. Ils appréciaient beaucoup leur cousin et avaient bien conscience que sans eux, il ne sortirait jamais. Le feu de la Saint-Jean est une des rares traditions populaires qui persistent encore en France, et bien qu’il ne l’avouait pas, notre Tanguy adorait cette fête qui célèbre le solstice d’été et le début des moissons.

De vieilles planches, des cagettes, et quelques branches bien sèches formaient un amas pyramidal à l’extrémité de la place. Bientôt, le feu allait s’emparer de tout cet empilement éphémère, faisant reculer la foule qui l’entourait d’un peu trop près de quelques pas. Comme si, d’un coup, ce feu reprenait le dessus sur la foule. Dans le même temps, une poussée de chaleur se fit sentir, allant jusqu’à chauffer légèrement le visage de ceux qui étaient les plus éloignés de ce brasier gigantesque.

Alors que le feu, vorace à en paraître vivant, crépitait à tout va, la musique se mit en route et le bal fut alors ouvert. Assis sur son banc bancal en bois, le cousin failli se faire embarquer par Nicolas sur la piste, mais il réagit à temps et se rassit brusquement. Hors de question pour lui de danser devant tout le monde, et encore moins avec un garçon, même si c’est son cousin. Il était trop gêné. Et alors qu’il tourna la tête pour souligner son mécontentement, il aperçu, en direction de cette grosse masse rouge et jaune qui crépitait, une jeune demoiselle dont les cheveux de cuivre étincelaient de reflets flamboyants. Leurs regards se croisèrent, cela le fit prendre peur.

Cette fraction de seconde de panique le fit accepter d’aller danser avec son cousin qui était toujours en train d’essayer de le tirer sur la piste. De cette manière, il fuyait cette situation trop embarrassante pour lui. Puis, la musique et la danse le firent se détendre et il reprit doucement conscience de la situation. Nicolas restait, lui, très concentré dans ses pas, les yeux fermés. Il dansait comme si c’était la dernière danse de sa vie, et son cousin finit par s’amuser de la situation. Emportés par cette valse, Nicolas fit tourner son cousin qui atterrit dans les bras de la personne qui se trouvait derrière. Celle-ci enchaina la danse. Comme c’était le cas avec Nicolas, elle faisant, selon les codes de la valse, les pas de l’homme, et le cousin ceux de la femme. Et c’était parti, et ça tournait, et le cousin, encore légèrement crispé de ne pas avoir compris ce qui se passait, finit par se rendre compte que la personne avec qui il dansait depuis plusieurs secondes était en fait la demoiselle aux cheveux de cuivre.

— Et 1-2-3, 1-2-3, murmura la jeune femme dans son oreille alors qu’il avait perdu le rythme.

C’était La Valse à Mille Temps qui battait le temps. Une valse douce au début, puis elle s’accélère, et prend les danseurs au piège, qui se laissent vite emporter, oubliant tout ce qui se passe autour. C’est exactement ce qui était en train d’arriver à notre jeune homme. Alors qu’il tournait, que ses pieds bougeaient, il ne sait pas trop comment, que son cœur battait de plus belle, que son souffle s’accélérait, tout ce qu’il pouvait voir c’était cette jolie fille qui le faisait danser et qui lui murmurait sans s’arrêter « 1-2-3, 1-2-3 ». Il ne contrôlait plus rien. Son corps avait pris la relève sur sa conscience, c’est celui-ci qui gérait tout. Et tout lui semblait très lent, alors que tout se passait pourtant très vite. Et la fin de la chanson arriva. La jeune fille lui glissa un « Merci pour cette belle danse. A très vite. ». Et elle disparue derrière les flammes qui commençaient doucement à perdre vie. Le temps que son corps relègue le contrôle à son cerveau, la seule chose qu’il senti était son tournis. Il n’eu le temps de rien faire. Ni de dire un mot, ni de rattraper sa danseuse. Et puis, Jérémie arriva vers lui.

— Alors ? C’était comment ? Je te regarde depuis tout à l’heure. Tu t’es bien démerdé mon vieux ! Tu vois qu’tu sais danser et qu’t’aimes ça ! En plus tu t’es dégoté un jolie fille avec qui valser, p’tit saligaud va !

— Attends, j’ai la tête qui tourne. J’ai rien compris de ce que tu m’as dit.

Il s’appuya sur les épaules de Jérémie le temps de récupérer.

— Oh, petite chose fragile ! Allez viens, on va s’acheter un bout à manger ! Ça te fera pas de mal de reprendre un peu de force.

Ce court événement eut un effet puissant et imprévu sur le cousin de Nicolas et Jérémie. Une fois rentré chez lui, il alluma son ordinateur et essaya de retrouver la jolie demoiselle sur Facebook, mais il ne connaissait même pas son prénom. La tâche à laquelle il s’était attelé n’allait pas être évidente. Il ne savait même pas si elle était du coin, et le sommeil l’emporta rapidement sur lui.

Ce jeune homme endormi habitait bel et bien chez ses parents malgré son âge. A 28 ans on se doit au moins, à notre époque, d’avoir quitté le nid familial. Ses parents et lui avaient en fait conclu un accord. Ils acceptaient de le garder « à la maison » à l’unique condition qu’il quitte quand même les quatre murs qui l’avaient vu grandir. Il avait donc décidé de réaménager la vieille caravane qui trainait au bord de leur étang, de l’autre côté de la route.

Ses parents habitaient légèrement à l’extérieur du village. Une quinzaine de jours après ce tournis de la Saint-Jean, il recroisa, un matin, la fille aux cheveux de cuivre, alors qu’il s’était décidé d’aller acheter quelques viennoiseries à la boulangerie au centre du vieux village. Il ne fallait qu’une petite vingtaine de minutes pour y aller à pieds. A la boulangerie, il y avait quelques personnes devant lui qui faisait la queue. Il attendait tout en regardant à travers la basse vitre qui le séparait de ces belles pâtisseries sur lesquels ses yeux ne pouvaient plus se décoller. Ainsi, il n’entendit pas la cloche de la porte lorsqu’une nouvelle cliente arriva. Elle, par contre, le reconnu de suite, mais ne dit rien. Elle préférait s’amuser de ce moment, et elle n’attendait qu’une chose : voir la tête qu’il ferait quand il se rendra compte qu’elle se trouve juste derrière lui. Trop perdu dans ses pensées, elle décida d’aider un peu la situation en lançant un léger toussotement.

En sortant de la boulangerie, la première chose qu’elle fit, fut de s’allumer une cigarette, la baguette encore chaude sous le bras. Édith était habillée d’une jupe courte à motifs fleuris et d’un léger débardeur blanc à dentelle sur lequel était suspendu un petit pendentif métallique en forme de cage d’oiseau. A chaque fois qu’elle achète une baguette à la boulangerie, elle en croque les petites dorsales formées sur la surface du pain pendant la cuisson. Vivien, lui, portait un pantalon noire, un t-shirt beige avec des rayures colorées au niveau du torse et une veste en jean. A chaque fois qu’il engageait une conversion, sa timidité le faisait se mordiller l’intérieur de la joue avant de se lancer.

A partir de ce moment, ils se virent régulièrement. Parfois même, plusieurs fois par semaine. Évidemment, Nicolas et Jérémie n’arrêtaient pas de charrier Vivien sur « cette fille de la Saint-Jean » dont leur cousin ne voulait rien leur dire. Le mois de juillet de cet été là fut chaud et ensoleillé. L’atmosphère était à la joie et à la désinvolture. Tout comme l’était Édith. Ils avaient passé tout un après-midi de juillet à être oisifs et à écouter tous les albums des Beatles au bord de l’étang. Ce jour là, ces deux acolytes avaient fini dans l’étang à minuit, se baignant avec les petites méduses d’eau douce à peine plus grosses que quelques millimètres.

Trois semaines plus tard, il partit une quinzaine de jours sur la côte basque avec ses deux cousins. Eux, avaient l’habitude de cet endroit et y venaient au moins deux fois par an. Lui, c’était la première fois qu’il venait en vacances dans cette région de la France. Les trois ont pris la route en début de journée pour rouler « à la fraiche », comme l’avait souligné Jérémie. En début d’après-midi, soit à « 14h c’est 12h au soleil » comme aimait le faire remarquer Nicolas, la chaleur du soleil  cognait au plus fort sur la taule de la vieille Volvo. Les trois fenêtres grandes ouvertes, le trio de garçons profitait du paysage en se laissant chacun voguer dans leurs pensées au rythme de la musique rock qui sortait du Pioneer.

Pour Jérémie, c’était à partir du moment où il sentait le gout salé de l’air qu’il se sentait vraiment en vacances. Pour Nicolas, c’était dès qu’il voyait l’océan, même bien caché à l’horizon. Et pour Vivien, c’était la douceur du sable qui glisse entre ses doigts de pieds. Au loin, on commençait à entendre le bruit des vagues se brisant sur la plage. La lumière forte du soleil rétracta les pupilles de ces trois compagnons de voyage, à n’en laisser presque plus que la couleur de l’iris. Vivien repensait à cette rencontre avec Édith et à la manière dont tous les événements s’étaient déroulés depuis.

Tout s’était passé plutôt vite, et pourtant Vivien avait l’impression que cela durait depuis des mois. Il repensait à toutes les fois où Édith lui avait sourit, parlé, avait rigolé, à ce tic qu’elle avait de lui passer la main sur l’épaule quand elle lui parlait. Jamais le contact n’était aussi bien passé avec une personne. Il avait l’impression qu’ils se connaissaient depuis toujours. Ils auraient très bien pu grandir ensemble, cela aurait été la même chose. Il commençait à sérieusement avoir des sentiments un peu plus forts qui se développaient pour elle. Sur cette pensée il décida de lui envoyer un texto en reprenant tout ce dont il venait de cogiter.

A son retour de la côte basque, elle lui avait donné rendez-vous Passage de l’Ancre à Paris. Alors que pour Vivien, cette rencontre parisienne avait un gout aussi doux qu’un Carambar à la framboise, c’est avec une langue piquante que lui parla Édith. Elle lui expliqua qu’ils n’attendaient pas tous les deux la même chose vis à vis de leur relation. Pour Édith, il n’avait jamais été question de couple, d’amour, ni même de sexe. Vivien se senti d’un coup très stupide. Ses pupilles se dilatèrent en une fraction de seconde. Cela lui rappela le moment de gêne qu’il avait ressenti quand il avait dansé aves son cousin à la Saint-Jean. Ou quand, pendant le bain de minuit dans l’étang avec Édith, il avait sauté depuis le ponton et s’était retrouvé désorienté une fois sous l’eau, n’arrivant plus à savoir où se trouvait la surface, ne pouvant à peine se repérer à la lumière de la Lune.

Elle était le poivre et lui le sel, complémentaires mais trop différents pour être ensemble. Ils avaient besoin d’être chacun dans leur pot. Bien qu’elle fût douce dans sa manière de gérer la situation, Vivien ne pouvait plus s’empêcher de voir en elle un cœur de pierre. Son cœur à lui, par contre, se rapprochait plus de la porcelaine. C’était un cœur beau, lisse, qui avait une grande valeur, mais qui était pourtant si fragile. Fragile et opaque à la fois. Ne laissant passer que peu d’émotions. Devant le magasin de parapluies Pep’s qui se trouve au milieu de ce Passage vert et fleuri, il eut l’impression qu’un orage s’abattait tout à coup juste au dessus de lui. Et, comme dans les dessins animés, il se voyait déjà emprunter un parapluie à la boutique à coté de lui pour se protéger, mais il était déjà trempé. Trempé de honte, trempé de gêne, trempé de tristesse.

La nuit de la Saint-Jean de cette année là, une étincelle s’était échappée et était venue se perdre dans ses yeux. Il n’y voyait que du feu. Ébloui, tout n’était plus que blanc, tout était pur, tout était simple. Désorienté par cet éblouissement, il en avait perdu tous ses sens. En repensant à cette nuit là, il fut pris d’une soudaine sensation de vertige, il décida alors de s’agenouiller le temps de reprendre ses esprits. Puis, son cerveau décida de sortir de cette blancheur écarlate, pour le faire revenir, à la vie. Ou plutôt à la vraie vie. C’était en plein milieu de son sommeil. Il ouvra les yeux doucement, en sueur. Les murs de sa chambre lui apparurent. La lumière du soleil traversait les rideaux. Il était 14h00. Après être ainsi revenu à la vie, la vie troublante, la vie blessante, la vie pourtant bel et bien réelle, il alla dans la cuisine se faire couler un café pour tenter de sortir complètement de ce nuage grisâtre. Ce réveil au doux sentiment amer de Vivien, donna un gout particulièrement immonde à son café. Il connaissait, pour la première fois, l’amertume de la vie.

C’était un matin amer

Amer comme une première gorgée de café noir

C’était un matin amer

Amer comme un morceau de pamplemousse sans sucre

C’était un matin amer

Amer comme une cuillère d’huile de foie de morue

Il ne faut pas oublier l’amertume qu’aucune papille n’a jamais goutée

Celle qui n’est présente que parmi nos émotions

Et dont on a du mal à s’en débarrasser

(PDF : Concours de nouvelles 2014 — Sorbonne Nouvelle — Thème « Amer »)

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Lorsqu’ils essayèrent

Tout a commencé là. Alors qu’il allait bientôt doucement tomber dans un coma qui le transporterait ailleurs. Là où les choses auraient pris une toute autre tournure.

Autour de lui, l’équipe de pompiers, l’un prenant son pouls pendant que deux autres préparèrent le brancard. À ce moment précis, c’était les dernières minutes de vague conscience de X. Impossible pour lui de prendre le contrôle de son corps. Il respirait avec difficulté. Ses paupières battant lourdement et ses yeux roulant lui permirent peu clairement de voir et comprendre ce qui lui était arrivé.

Un, deux, trois. Les pompiers le prirent et le soulevèrent pour le poser sur le brancard, avec une délicatesse proche de celle d’un troupeau d’éléphants dans un magasin de porcelaine, avant de le glisser dans le camion.

Tout à commencé là. Lorsqu’ils essayèrent de réanimer X.

Son état se stabilisa dans le trajet jusqu’à l’hôpital. Son arcade et sa lèvre supérieur étaient ouvertes, le haut de sa joue droite égratignée, son poignet était cassé et il avait quelques côtes de fêlées. Ce que les pompiers ne savaient pas c’est qu’il était alors en train de rentrer dans un profond coma. C’est le médecin urgentiste qui en fit le diagnostique, et qui l’annonca à ses parents. Personne ne savait alors ce qui lui était arrivé.

Je t’écrirai souvent

 Tu ne sais pas qui je suis, mais je sais qui tu es. S’il te plait, laisse moi te dire ces quelques mots que j’ai écrit pour toi.

Hiver 1973.

Cher Joseph,

Tu t’étais habillé d’un joli costume noir, d’une chemise blanche, et d’un nœud papillon. Tu avais du charme et tu savais en jouer. Jamais cependant tu n’en faisais trop. Tu restais simple, toujours. C’était Noël. Tes parents t’avaient invité avec ton frère et ta sœur avec ses deux enfants (ton frère était encore célibataire à l’époque). Toi tu étais venu accompagné d’elle. Vous aviez tous passé la nuit chez eux pour pouvoir tous vous retrouvez, et surtout, pour voir les enfants, tes neveux, ouvrir leur cadeaux au petit matin. Le soleil était à peine levé quand les petits s’étaient réveillés et précipités aussitôt près du sapin pour voir ce que le Père Noël leur avait apporté. Tu faisais toujours beaucoup d’efforts en cette période de l’année. Noël t’ennuyait au plus haut point mais tu ne l’as jamais avoué à personne. La raison ? Tu ne te souvenais pas toi même pourquoi il y a encore peu. Mais un mauvais souvenir d’un Noël où tu étais enfant est remonté à la surface.

C’est souvent ce que font les vieux souvenirs, ceux qu’on a bien enfouit tout au fond, quand on vit des naissances dans sa famille proche, ils remontent à la surface. En fait, une naissance c’est comme un gros caillou qu’on jette dans une mare. Ca fait d’abord un gros PLOUF, on est content, ça nous amuse, c’est génial. Et puis, une fois que le caillou traverse l’eau et cogne le fond de la mare, toute la vase qui s’était doucement déposée au fond rejailli dans l’eau avant de se redéposer lentement au fond. Et bien, les vieux souvenirs c’est ce dépôt qui flotte. Ca remonte légèrement à la surface. Je m’en souviens, tu t’en souviens aussi, nous nous en souvenons, nous en parlons. Mais tu n’aimes pas ça, alors tu acquiesces gentiment de la tête et tente de changer de sujet. En espérant que tout cela redescende vite au fond de la mare.

Ce souvenir d’un mauvais Noël c’était vraiment un mauvais souvenir d’enfance, un souvenir qui laisse un traumatisme. Je ne te parle pas d’un viol, non rien de si grave non plus, mais je ne te parle pas non plus du jour où tu as compris que le Père Noël n’existait pas. C’est un souvenir entre les deux. Un souvenir inavouable.

Tu décidas donc de délaisser le monde des adultes pour aller jouer avec tes neveux et leurs nouveaux jouets. Surtout que tu n’avais pas la tête tranquille à cette époque. Bien que ton couple s’aimait d’amour, que d’importants projets, ceux que font les adultes, prenaient doucement vie, tu n’as pas pu t’empêcher de tomber amoureux d’une autre. Cela ne voulait pas dire que tu n’aimais plus celle avec qui tu vivais depuis des années. Tu étais amoureux des deux. C’est ce que tu voulais te faire croire en tout cas.

C’était Noël, il fallait faire bonne figure. Et au moins, avec les enfants, pas de problèmes. Tout est simple quand on est enfant. La vie en tout cas, paraît beaucoup plus simple. Les enfants ont des notions complètement différentes des nôtres. Par exemple, un voyage en voiture Brest – Paris paraît interminable alors qu’un voyage en avion Paris – Mexique passe bien trop vite. Et on finit par entendre des phrases comme « Le Mexique c’est plus près que Paris ! ».

Ton neveu avait eu un petit train pour Noël. Tu t’amusais bien avec lui. Tu as toujours été joueur. Mais toi tu savais aussi jouer à des jeux très cons. Comme bruler soudainement d’amour pour elle, que tu connaissais depuis si peu de temps. Elle incarne le mal mon ange. Avec ses cheveux d’or et ses yeux si bleus, et ce corps si jeune. Il est bien dommage, et bien étrange, que le mal soit si beau. Tu t’étais laissé attirer, oui, comme un con. Tu t’étais laissé avoir par le chant de cette sirène. Tu aurais dû, comme les marins d’Ulysse, te couler de la cire dans les oreilles pour ne pas succomber à son chant. Ou comme van Gogh, te couper les oreilles. Je ne sais pas. Que pouvais-je bien y faire ? Il neigeait dehors et tu t’amusais tellement bien toi. Toi, tu aimais jouer au train qui déraille.

À demain.

                                                                                                                                  Léon.